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Fatigue managériale

 

Quand encadrer devient plus lourd que servir Il y a une fatigue dont on parle peu.
Une fatigue qui ne se voit pas toujours, qui ne se dit pas facilement, et qui ne se mesure pas en heures supplémentaires ou en charge de travail.

C’est la fatigue managériale.

Pas celle qui vient d’un manque d’organisation ou d’un planning trop dense.
Mais celle qui s’installe quand encadrer, décider, tenir, rassurer, arbitrer devient plus lourd que le cœur du métier lui-même.

Beaucoup de managers continuent d’avancer, parce qu’ils savent faire.
Parce qu’ils ont le sens des responsabilités.
Parce qu’ils ne veulent pas “lâcher”.

Mais intérieurement, quelque chose s’use.

Cette fatigue n’est pas un effondrement.
Elle est souvent silencieuse, diffuse, presque honteuse.
On se dit que l’on n’a pas le droit de se plaindre, que d’autres vivent pire, que c’est “le rôle”.

Alors on tient.
On encaisse.
On s’adapte.

Et pourtant, cette fatigue dit quelque chose d’essentiel.

Elle ne parle pas d’un manque de compétence.
Elle parle d’un déséquilibre émotionnel.

Aujourd’hui, manager ne consiste plus seulement à organiser, décider ou contrôler.
Il faut écouter, soutenir, contenir, expliquer, rassurer, parfois réparer.
Porter les tensions de l’équipe.

Absorber celles de l’institution, de l’entreprise, du contexte.

Et souvent, le faire sans espace pour déposer ce que l’on porte.

La fatigue managériale apparaît quand l’on donne beaucoup, longtemps, sans lieu pour se ressourcer autrement que dans l’action.


Quand la disponibilité émotionnelle devient permanente.
Quand on est attendu sur tous les fronts, sans toujours pouvoir montrer ses propres fragilités.

Ce qui rend cette fatigue difficile à reconnaître, c’est qu’elle ne ressemble pas à l’épuisement classique.

On continue de fonctionner.
On continue de faire face.
Mais avec moins de légèreté.
Moins d’élan.
Moins de plaisir parfois.

Et cela peut créer un décalage douloureux :
celui entre l’image de manager solide que l’on renvoie, et l’état intérieur que l’on ressent.

Reconnaître cette fatigue n’est pas un aveu de faiblesse.

C’est au contraire un signe de lucidité.

Elle nous invite à nous poser une question simple, mais essentielle :
comment continuer à encadrer sans s’effacer soi-même ?

Il ne s’agit pas ici de chercher des solutions rapides, ni des méthodes miracles.


Mais de remettre du sens sur ce que l’on vit.

La fatigue managériale n’est pas un échec personnel.


Elle est souvent le signal d’un engagement profond, parfois trop longtemps porté seul.

Prendre le temps de la nommer, c’est déjà desserrer l’étau.
Et peut-être ouvrir un espace pour repenser sa posture, ses limites, et la manière dont on habite son rôle.

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