
accueillir sans s'oublier
Dans les métiers de service, l’accueil est souvent présenté comme une compétence à maîtriser.
Un ensemble de gestes, de mots, de postures à adopter pour créer une expérience positive.
Mais sur le terrain, l’accueil est rarement neutre.
Il engage bien plus que des techniques.
Accueillir, c’est s’exposer.
C’est ouvrir un espace de relation, parfois brièvement, parfois intensément.
C’est se rendre disponible à l’autre, avec ce que l’on est, dans l’instant.
Or, cette disponibilité n’est pas sans coût.
À force d’être attentif, souriant, à l’écoute, le professionnel peut finir par s’effacer lui-même.
Non pas par manque de professionnalisme, mais par excès d’engagement.
Dans beaucoup de situations, on apprend à accueillir “quoi qu’il arrive”.
Même quand on est fatigué.
Même quand la tension est palpable.
Même quand l’on traverse soi-même des moments difficiles.
Et peu à peu, une confusion peut s’installer :
celle entre le rôle professionnel et l’investissement émotionnel.
Accueillir ne signifie pas absorber.
Être présent ne veut pas dire se rendre perméable à tout.
Lorsque cette frontière devient floue, l’accueil peut devenir une source d’usure.
Non visible.
Non reconnue.
Mais bien réelle.
Certains professionnels continuent alors à accueillir correctement, en apparence.
Mais intérieurement, ils se protègent.
Ils se ferment légèrement.
Ils automatisent.
Ce mécanisme n’est pas une faute.
Il est souvent une tentative de préservation.
Mais il pose une question essentielle :
comment rester authentique dans la relation, sans s’épuiser émotionnellement ?
Accueillir sans s’oublier, ce n’est pas moins donner.
C’est donner autrement.
C’est accepter que la qualité de la relation ne repose pas sur une disponibilité totale, permanente, mais sur une présence juste, ajustée.
Une présence qui respecte à la fois l’autre… et soi-même.
Cette justesse n’est pas une technique.
Elle se construit dans la conscience de ses limites, dans l’écoute de ses propres signaux, dans l’acceptation de ne pas toujours pouvoir tout porter.
Accueillir sans s’oublier, c’est reconnaître que la relation professionnelle est un engagement humain, mais qu’elle ne doit pas devenir un effacement personnel.
C’est peut-être là que l’accueil retrouve sa vraie qualité : non pas dans la perfection du geste,
mais dans la sincérité de la présence.