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transmettre quand on doute

Transmettre suppose souvent une forme de solidité.
On attend de celui ou celle qui transmet qu’il sache, qu’il maîtrise, qu’il montre la voie.

Dans l’imaginaire collectif, transmettre, c’est être sûr de soi.
Avoir des réponses.
Être en avance.

Et pourtant, sur le terrain, la transmission se fait rarement dans la certitude.

Elle se fait dans le mouvement.
Dans l’ajustement.
Parfois même dans le doute.

Beaucoup de professionnels engagés dans la transmission — enseignants, formateurs, tuteurs, managers — traversent des moments où ils s’interrogent profondément sur leur rôle.
Sur le sens de ce qu’ils transmettent.
Sur la manière dont c’est reçu.
Sur l’impact réel de leurs paroles et de leurs gestes.

Ce doute n’est pas toujours visible.


Il se glisse entre deux cours, deux réunions, deux échanges.
Il s’exprime rarement à voix haute, de peur d’être interprété comme un manque de légitimité.

Pourtant, douter n’est pas ne pas savoir.
Douter, c’est souvent prendre la mesure de la complexité de l’autre.

Transmettre, ce n’est pas seulement transmettre un savoir-faire.
C’est accompagner un cheminement.


Et chaque personne avance à son rythme, avec ses résistances, ses fragilités, ses élans.

Le doute apparaît lorsque l’on comprend que l’on ne contrôle pas ce qui est transmis.
Que l’on propose, mais que l’autre dispose.
Que l’on sème, sans toujours voir ce qui germe.

Ce constat peut être inconfortable.
Il oblige à renoncer à une forme de toute-puissance pédagogique.
À accepter que la transmission ne soit ni linéaire, ni immédiate, ni parfaitement mesurable.

Mais ce doute peut aussi devenir une force.

Il invite à rester attentif.
À écouter davantage.
À ajuster son discours.


À rester en lien avec la réalité de l’autre, plutôt que figé dans une posture d’expert.

Transmettre quand on doute, ce n’est pas transmettre moins.
C’est transmettre autrement.

C’est accepter que la transmission soit une rencontre, pas une démonstration.
Un dialogue, pas une performance.

Le doute n’annule pas la légitimité.
Il l’humanise.

Il rappelle que transmettre, c’est aussi continuer à apprendre.
Sur les autres.
Sur le métier.
Sur soi-même.

Peut-être que la question n’est pas : Comment transmettre sans douter ?

Mais plutôt : comment faire du doute un allié, plutôt qu’un frein ?

Dans cet espace-là, la transmission retrouve souvent son sens le plus juste : non pas imposer un savoir, mais accompagner une construction.

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