top of page

Transmettre le calme quand on est soi-même à vif

 

​​

Un samedi soir, complet. Le four de la cuisine tombe en panne à 20 h 15, une table de douze vient d’arriver, et un jeune commis, deux semaines d’ancienneté, me regarde. Pas le chef, pas le second : moi.

​

À cet instant, je suis tout sauf calme. J’ai le cœur qui cogne, une liste de solutions qui se bousculent, et la certitude qu’une mauvaise décision va coûter cher. Pourtant ma voix sort posée. « On respire, on réorganise les envois, on avance. » Je l’entends parler et je me demande qui est cette femme.

​

Le commis, lui, se détend visiblement. Il repart à son poste, les épaules plus basses. Le calme a fonctionné. Et je me suis sentie, une seconde, presque coupable.

​

Parce que ce que je lui ai transmis, ce n’était pas mon état : c’était une façade. Et je ne suis pas sûre de savoir ce que je lui ai réellement appris. Que le calme existe chez ceux qui dirigent ? Que les managers n’ont pas peur ? Dans ce cas, je viens de lui donner une norme que je ne tiens moi-même qu’en jouant.

​

La question est dérangeante, et je ne veux pas la contourner. On dit volontiers qu’un manager doit être « le roc de l’équipe », qu’il transmet la sérénité par sa seule présence. Mais cette sérénité, quand elle est jouée, qu’enseigne-t-elle ? Elle peut rassurer sur le moment et, dans le même mouvement, apprendre à l’autre qu’on cache ce qu’on ressent. Il y a des jeunes qui, à force de nous voir imperturbables, s’en veulent de ne pas l’être.

​

Et pourtant, je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement ce soir-là. Montrer ma panique n’aurait servi personne. Alors où est la ligne entre tenir pour l’équipe et mentir à l’équipe ? Je ne sais pas la tracer avec certitude. Je sais seulement qu’elle existe, et que je la franchis probablement plus souvent que je ne veux l’admettre.

​

​

🎧 Pour prolonger la réflexion

​

L’article part d’une panne de four, un samedi soir de coup de feu, pour interroger ce que transmet un calme joué : rassurer sur le moment, mais peut-être aussi apprendre à l’autre à cacher ce qu’il ressent.

​

Le podcast prolonge avec ce qui se passe après le service, la dette émotionnelle qui ressort ailleurs, et un geste simple pour que le calme ne soit pas une façade : dire, après coup, qu’on avait peur.

​

Une question reste ouverte : qu’est-ce que mon calme apprend à ceux qui me regardent ?

bottom of page