
Ce que ça coûte de rester calme quand tout s’agite
En fin de saison, un directeur d’hôtel m’a annoncé une bonne nouvelle : le bilan de l’été dépassait nos objectifs, et la direction souhaitait remercier l’équipe. Je me souviens de sa phrase, de son sourire, de l’attente dans son regard. Et de ce que j’ai répondu : « Très bien, merci. » Rien d’autre. Parce que je n’ai rien ressenti.
Je ne parle pas d’indifférence. Je parle d’un vide curieux, comme si quelqu’un avait baissé le volume à l’intérieur. Cet été-là, j’avais été le point fixe de la maison. Un client qui s’emporte, un planning qui explose, deux démissions en pleine saison : à chaque fois, je suis restée celle qui ne bouge pas. On me l’a dit, d’ailleurs, comme un compliment. « Avec vous, on est tranquilles. »
Ce que personne ne voit, c’est que le calme n’est pas gratuit. Il se paie quelque part, et pas toujours au moment où on le dépense. Ce qui m’a frappée, ce soir-là, c’est que je ne le payais plus en fatigue visible, en nerfs, en sommeil agité. Je le payais en ne sentant plus grand-chose. Même les bonnes nouvelles passaient sans me toucher.
Je me suis demandé si je confondais deux choses : le calme, qui est une manière de tenir face à ce qui secoue, et l’anesthésie, qui consiste à ne plus rien laisser entrer. De l’extérieur, elles se ressemblent à s’y méprendre. De l’intérieur aussi, au début. La première m’a longtemps servi. Je ne suis pas certaine de ne pas avoir glissé vers la seconde sans m’en apercevoir.
Ce qui me gêne, c’est que mon entourage professionnel n’a aucune raison de faire la différence. Un manager qui ne réagit plus, c’est un manager fiable. On ne se plaint pas d’un point fixe. On s’y adosse, jusqu’au jour où il cède, et alors tout le monde est surpris.
Je ne sais pas à quel moment le calme cesse d’être une force pour devenir un symptôme. Je sais seulement que personne ne sonne l’alarme à ma place, et que l’absence de plainte n’est pas la preuve que tout va bien.
🎧 Pour prolonger la réflexion
L’article part d’une bonne nouvelle reçue sans rien ressentir pour interroger la frontière entre le calme, qui permet de tenir, et l’anesthésie, qui en est une version silencieuse et coûteuse, que personne ne vient contester puisque l’équipe y voit de la fiabilité.
Le podcast prolonge avec trois signaux personnels pour reconnaître le glissement, un petit rituel hebdomadaire pour se vérifier, et l’idée de laisser parfois le calme à quelqu’un d’autre.
Une question à garder : ce calme que je montre, est-ce encore moi qui le choisis ?
