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Transmettre ce qu'on est, pas seulement ce qu'on sait

 

On a une représentation assez arrêtée de ce que transmettre veut dire. Transmettre, ce serait passer quelque chose — une compétence, une méthode, une expérience. Ce serait aller de celui qui sait vers celui qui ne sait pas encore. Une direction claire, un contenu identifiable, un résultat mesurable.

C'est une vision rassurante. Et elle n'est pas fausse. Mais elle est incomplète.

Parce qu'en réalité, ce qu'on transmet ne se réduit jamais à ce qu'on enseigne consciemment. Les gens qui nous ont marqués dans notre parcours — un manager, un mentor, parfois un collègue — ne nous ont pas seulement appris des choses. Ils nous ont montré une façon d'être. Une façon de traverser les situations difficiles, de se tenir face à l'incertitude, d'habiter leur rôle avec ce qu'ils étaient vraiment.

Ce qu'ils nous ont transmis, c'est eux. Pas seulement ce qu'ils savaient.

C'est une idée simple. Mais elle a des implications qui ne le sont pas. Parce que si on transmet ce qu'on est — pas seulement ce qu'on sait — alors la transmission commence bien avant qu'on ouvre la bouche. Elle est dans la façon dont on arrive dans une réunion tendue. Dans ce qu'on fait quand on se trompe. Dans la manière dont on traite quelqu'un qui est moins visible, moins performant, moins à l'aise. Dans ce qu'on choisit de valoriser, et ce qu'on laisse passer sans réagir.

Le manager transmet en permanence. Qu'il le veuille ou non.

Alors la vraie question n'est pas : est-ce que je transmets bien ? Elle est : qu'est-ce que je transmets vraiment ?

Ce que les membres d'une équipe retiennent d'un manager, c'est rarement le contenu d'une formation ou d'un feedback structuré. C'est l'impression laissée dans les moments où ça comptait. La façon dont il a géré une crise. Ce qu'il a dit — ou n'a pas dit — quand quelqu'un était en difficulté. La cohérence, ou l'incohérence, entre ce qu'il prônait et ce qu'il faisait.

On ne choisit pas entièrement ce qu'on transmet. Mais on peut choisir d'en être plus conscient.

Et cette conscience-là change quelque chose. Elle déplace la question de la transmission du registre de la performance — est-ce que je fais bien mon travail de manager formateur — vers quelque chose de plus fondamental : qui suis-je dans ce rôle ? Qu'est-ce que je veux que les gens emportent de leur passage à mes côtés ?

Ce n'est pas une question de technique. C'est une question d'identité. Et c'est peut-être là que commence la transmission la plus durable — celle qui ne s'oublie pas.

🎧 Pour prolonger la réflexion

Ce texte déplace le regard. Le podcast l'accompagne plus loin.

Dans l'épisode qui accompagne cet axe de réflexion, on explore ce que transmettre veut vraiment dire quand on est manager — au-delà des compétences, au-delà des méthodes. On parle de ces moments où l'on transmet sans le savoir, de ce que les équipes retiennent vraiment, et de la question inconfortable que ça pose : qui suis-je dans ce rôle, et qu'est-ce que je veux que les gens emportent de leur passage à mes côtés ?

Parce que la transmission la plus durable n'est jamais celle qu'on a planifiée. C'est celle qu'on a incarnée.

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