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Rester à sa place quand tout pousse à jouer un rôle

 

Il y a des jours où je me surprends à hausser le ton pour un détail, comme si je devais prouver quelque chose à quelqu'un qui ne m'a rien demandé. D'autres où j'encaisse une remarque injuste sans rien dire, en me convainquant que c'est ça, la hauteur. Et d'autres encore où je me précipite pour régler un problème qui n'était pas le mien, juste pour me sentir utile, juste pour qu'on me voie agir.

Ce ne sont pas trois humeurs différentes. C'est le même glissement, sous trois formes.

Je me souviens d'un service, il y a longtemps, dans une maison où l'autorité se mesurait au volume de la voix. Le chef criait, le commis se taisait, et moi — jeune, pas encore vraiment à ma place — je courais entre les deux, à vouloir arranger ce qui n'avait pas besoin de moi pour exploser ou pour se calmer. Je pensais aider. En réalité, je m'installais dans un rôle qu'on ne m'avait pas demandé de tenir, et qui n'appartenait à personne d'autre que ceux qui le jouaient déjà.

C'est ça, la difficulté de la posture : elle ne se perd pas dans les grandes crises, elle se perd dans les petits réflexes. Un collaborateur se plaint de façon un peu trop régulière, un peu trop générale — "de toute façon, c'est toujours pareil" — et sans m'en rendre compte, je me mets à chercher une solution avant même d'avoir demandé ce qu'il attendait vraiment de moi. Un autre me pousse dans mes retranchements avec un "tu pourrais quand même faire un effort" glissé entre deux phrases, et je sens l'irritation monter, prête à devenir de l'autorité mal placée.

Personne ne me demande de choisir un camp. C'est moi qui, sans le vouloir, en choisis un.

Ce qui m'a aidée — pas résolu, aidée — c'est d'apprendre à repérer le moment précis où je bascule. Ce petit instant où je ne réagis plus à ce qui se passe, mais à ce que ça réveille en moi : le besoin d'être utile, la peur de mal faire, l'envie de ne pas décevoir. La posture, finalement, ce n'est pas une position qu'on tient une fois pour toutes. C'est une vigilance qu'on renouvelle plusieurs fois par jour, souvent sans témoin, souvent sans félicitations.

Je ne sais pas si on arrive un jour à ne plus jamais glisser dans un rôle. Je crois plutôt qu'on apprend à s'en rendre compte un peu plus vite. Et peut-être que c'est déjà beaucoup.

🎧 Pour prolonger la réflexion

L'article revient sur ce glissement discret qui nous fait parfois jouer un rôle — sauveur, victime ou persécuteur — sans l'avoir choisi, et sur la vigilance qu'exige la posture au quotidien.

Le podcast va plus loin en racontant deux situations vécues, en réception et en recadrage d'équipe, pour montrer comment reconnaître ce glissement au moment même où il se produit — pas seulement après coup.

Une même question, à se poser encore et encore : qui suis-je en train de jouer, là, maintenant ?

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