
Le jour où j'ai arrêté de faire semblant de savoir
On entre souvent dans le management avec une conviction implicite : il va falloir avoir l'air de savoir. Pas forcément tout savoir — on n'est pas naïf à ce point — mais donner l'impression que les choses sont sous contrôle, que les décisions reposent sur quelque chose de solide, que l'incertitude, si elle existe, ne se voit pas trop.
C'est une convention tacite. Personne ne l'enseigne vraiment. Mais tout le monde la comprend assez vite.
Alors on s'y conforme. On apprend à parler avec un ton qui ferme les questions plutôt qu'il ne les ouvre. On développe une façon de hocher la tête qui dit j'avais anticipé ça. On choisit ses mots pour ne pas laisser trop de prise. Et progressivement, sans vraiment s'en rendre compte, on construit une version de soi-même qui tient debout — mais qui coûte cher à maintenir.
Ce que cette posture protège, au fond, c'est rarement l'équipe. C'est soi.
La question qui mérite d'être posée — vraiment posée — c'est : à quel moment ce "faire semblant" est-il devenu une seconde nature ? Et surtout : qu'est-ce qu'il a empêché ? Quelles conversations n'ont pas eu lieu parce qu'on avait donné l'impression que tout était déjà tranché ? Quels doutes d'équipiers sont restés silencieux parce que le manager, lui, semblait ne pas en avoir ?
Il y a quelque chose d'étrange dans cette mécanique : plus on cherche à paraître solide, plus on crée autour de soi une forme de solitude. Les gens n'apportent pas leurs vraies questions à quelqu'un qui semble déjà avoir toutes les réponses.
Alors le jour où ça bascule — et ça finit toujours par basculer d'une façon ou d'une autre — que se passe-t-il vraiment ?
Parfois c'est une situation qui déborde. Parfois c'est une fatigue sourde qui rend le masque trop lourd. Parfois c'est simplement quelqu'un en face qui pose une question à laquelle on ne peut honnêtement pas répondre — et pour la première fois, on ne cherche pas à contourner. On dit : je ne sais pas. Trois mots. Et rien ne s'effondre.
C'est là que quelque chose change. Pas dans le regard des autres — dans le sien. On découvre que l'autorité qu'on croyait construite sur la maîtrise peut reposer sur autre chose : la cohérence, la présence, la capacité à traverser l'incertitude sans la nier.
Ce n'est pas une leçon qu'on apprend une fois pour toutes. C'est un ajustement permanent. Mais il commence toujours par le même endroit : accepter qu'on ne sache pas — et choisir de ne plus faire semblant que si.
🎧 Pour prolonger la réflexion
Ce texte ouvre une question. Le podcast la creuse.
Dans l'épisode qui accompagne cet axe de réflexion, on va plus loin : on parle de ce moment précis où le masque devient trop lourd, de ce que ça fait de le poser, et de ce qui se reconstruit ensuite. Pas de recette. Pas de modèle idéal. Juste une conversation honnête sur ce que c'est vraiment qu'habiter sa place de manager — avec ses zones d'ombre, ses tâtonnements, et parfois, ses surprises.
Parce que la posture ne se construit pas dans les formations. Elle se construit dans les moments où l'on choisit, enfin, d'être soi.
